oh!…
Un vendredi erreintée, usée par ce masque si lourd et grimaçant que j’abhore sur mon visage toutes mes journées durant, j’éteindrai mon téléphone pour ne plus avoir aucun compte à rendre à PERSONNE. Alors, mon âme tranchée à vif par le besoin vital de retrouver le désespoir de mon eden perdu, je prendrai ma voiture. La musique fort, les yeux perdus au fond des larmes, je m’en irai au hasard des routes de campagne jusqu’au coucher du soleil. Alors, comme un suicidaire déterminé à couper ses veines, je roulerai roulerai roulerai jusqu’à expédier les salissures dans l’oubli. Là, je m’arrêterai au détour d’un chemin mystérieux – comme ce petit chemin chimérique que je parcourais main dans la main avec mon papa, à l’ombre du jour, duquel j’aperçois encore une lumière chaude et des arbres lointains aux courbes magiques…
Moi avec comme seul passager, mon coeur,, cette bombe à retardement, rejoindre ce vaste champ d’herbes folles. Je m’y confondrai avec ce que seront mon enfance et mes rêves féériques.
Je suis fatiguée. Je suis dans la pénombre, seule, éclairée par la lueur d’une bougie. Je voudrais continuer ce texte mais je redoute ma fatigue du lendemain et des devoirs contraints…J’écoute cette musique en boucle, j’ai le coeur au bord des larmes, dans mon ventre un océan chavire d’émotions, je tangue dans mon lit et mes émotions trop fortes m’empêcheront de fermer les paupières.
Dis, mon petit cœur blessé, À quand le grand départ ?
une nuit de plus, insignifiante.
Je ne suis plus…
Je ne suis plus qu’une petite fille au regard terne qui s’est perdue en chemin.
Rêve
Scène de bonheur printanier
Fin d’un long week-end. C’est toujours le dernier jour que l’on parvient à en profiter, enfin. Je peux paraître compliquée, je le suis sans doute (qui ne l’est pas au fond ?) mais pourtant j’assure que je sais faire mon bonheur de choses simples. Et pour moi le bonheur s’applique à une journée de liberté que je passerai seule ou accompagnée d’être chers, dans le jardin, entourée de verdure et du renouveau printanier. Je suis allongée sur un transat et je lis ce que j’ai pioché au gré de mon humeur dans ma chambre : magazines, romans à moitié lus ou encore vierges, préservés du sort de mon imaginaire…J’aime sentir le soleil cogner sur moi et me plonger dans la réflexion suscitée par une phrase tout en me laissant distraire par mon environnement, des rires d’enfants, des discussions d’adultes…poser le livre et me laisser aller à la rêverie.
Entrecouper mes journées de pensées intimes et d’actes anodins, quotidiens, dont la valeur est sans doute inestimable quand on les perd. En avoir conscience et continuer, sans penser à la minute qui suit, au lendemain…
Lire, rêver, goûter, discuter, me réfugier dans une chambre silencieuse rien qu’à moi, mon temple, fumer une cigarette en solitaire en écoutant une chanson adorée.
Et puis la fin de journée se dissout et m’échappe. Déjà, l’idée de la journée de travail qui approche me heurte et puis je me dis qu’il me reste encore quelques précieuse heures…et comme l’eau dans la baignoire s’écoule si vite à la fin du bain, les heures s’échappent en fin de journée.
L’heure du dîner approche, le voisinage se fait plus calme, les enfants vont se coucher, les parents se prête au rituel habituel du dimanche soir…
Le soleil se couche doucement dans la chambre, je savoure ce dernier moment de bonheur, cet instant privilégié que le temps nous accorde, comme une trêve pacifique, un souffle court avant d’avaler mes dernières heures de liberté…
Je suis amoureuse du Loup des steppes.
Tu es bien trop exigeant et affamé pour ce monde simple et indolent, qui se satisfait de si peu. Il t’exècre ; tu as une dimension de trop. Celui qui désire vivre aujourd’hui en se sentant pleinement heureux n’a pas le droit d’être comme toi ou moi. Celui qui réclame de la musique et non des mélodies de pacotille ; de la joie et non des plaisirs passagers ; de l’âme et non de l’argent ; un travail véritable et non une agitation perpétuelle ; des passions véritables et non des passe-temps amusants, n’est pas chez lui dans ce monde ravissant …
(….) Il me semble que nous tous qui exigeons plus, qui avons des aspirations et une dimension trop importantes, nous ne pourrions absolument pas vivre si nous ne trouvions à respirer un autre air que celui d’ici-bas, s’il n’y avait pas une éternité échappant au temps, ce royaume pour les êtres authentiques. La musique de Mozart et les poèmes de tes grands écrivains font partie de ce royaume ; tout comme les saints, les miracles, les hommes qui sont morts en martyrs et ont donné de nobles exemples à l’humanité (…)
alller me coucher le coeur en larmes. si je pouvais m’échapper la nuit dans mes rêves, parcourir les eaux dormantes divaguer parmi les fougères dans un lac argenté sourire à la lune
Les mots, ces amants inaccessibles
Une, deux, trois cigarettes consumées devant le vide immaculé d’un écran d’ordinateur. Tant de choses à faire, formelles, anecdotiques et évidemment obligatoires. Et pourtant ce soir, je me retrouve seule, dans le silence de cette grande maison. Je profite de cette solitude qui me manque tant, propice au recueillement spirituel. Je cède la place à ces quelques mots typographiés pour tuer le temps qui tourne si vite et échapper à son joug routinier.
Je ne peux pas dénigrer le bonheur partagé, son impact suprême et ses joies multipliées. Et pourtant…j’éprouve, frissonnante, un plaisir délicieux à me remémorer ces moments de grâce, solitaires, adolescents, à écrire seule à la tombée de la nuit, accompagnée d’un souffle printanier, d’un verre de rouge et d’une cigarette.
Je me donnerai volontiers, corps et âme, aux mots, ces amants inaccessibles, qui m’inspirent un désir inépuisable, addictif.
Mais à peine effleurés, je dois les quitter pour me livrer aux basses exigences du monde, ce jaloux, qui me dévore, moi et mon désir brûlant.
Un jour peut-être je m’échapperai par la fenêtre, pour me livrer entière.



